BRITNEY SPEARS ET SA SITUATION JURIDIQUE EN 2021: LA TUTELLE AUX ÉTATS-UNIS

Il s’agit d’une affaire concernant la tutelle d’une personnalité publique qui est Britney Spears. Nous allons voir premièrement la pratique de la tutelle aux Etats-Unis, ensuite nous verrons ce que l’avocate Vivian Lee Thoreen a expliqué lors du documentaire « Framing Britney Spears » et enfin on finira par décrypter ce que Britney Spears a exposé devant le tribunal de Los Angeles afin de lever sa tutelle.

I- Le régime juridique de la tutelle aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, un tuteur est nommé par les tribunaux pour un adulte. Dans le cas où le tribunal constate qu’une personne majeure n’a pas les capacités mentales pour s’occuper de ses propres affaires, le tribunal prononce la protection du majeur qui sera sous tutelle.

Selon l’Etat dans lequel la tutelle est prononcé, il y a la législation étatique qui s’applique. Parmi les 50 états, il existe énormément de variation en droit et en pratique. Ici, on utilise le terme « The gardian » pour qualifier la personne nommée par le tribunal qui assurera la tutelle. Le « guardian » est James Spears (père de Britney Spears).

La loi uniforme sur la tutelle des adulte et la compétence en matière d’action en justice protectrice s’applique au cas de Britney Spears.

Dans quelle mesure les pratiques réelles atteignent, dépassent ou n’atteignent pas les exigences des règles judiciaires et règlementaires ?

Pour répondre à cette interrogation, nous allons prendre en considération les explications de l’avocate Vivian Lee Thoreen tirées du documentaire « Framing Britney Spears »

II- Les explications de la première avocate impliquée dans l’affaire (Documentaire Framing Britney Spears)

Le New-York Time est venu à la rencontre de l’avocate Vivian Lee Thoreen qui a été l’avocate chargée d’entamer la procédure de mise en tutelle de Britney Spears.

Vivian Lee Thoreen avocate (photo de Mdb)

Voici les propos de l’avocate chargée de l’affaire :

 » La justice accorde une importance aux mises sous tutelle parce que les droits de chacun sont sacrés. Des règles et des procédures sont mises en place pour surveiller ce qui se passe.

Le but d’une mise sous tutelle est dans l’intérêt de la personne vulnérable. Certains ont besoin d’un tuteur pour les aider à décider quoi manger, où vivre, ou encore les aider à se brosser les dents.

On nomme un tuteur aux biens lorsque la personne est dans l’incapacité de gérer ses finances ou lorsqu’elle peut être victime d’abus de faiblesse ou de fraude.

Ce n’est pas seulement si elle a du mal à gérer son argent mais si elle risque de se faire arnaquer.  »

C’est donc en 2008 que le tribunal a statué la mise sous tutelle de Britney Spears.

En 2016 , elle engagera l’avocat Adam Streisand pour qu’il défende ses intérêts car il est spécialisé dans les mises sous tutelle. Elle avait la prétention de changer de tuteur. Toutefois, la cour a refusé Adam Streisand en tant qu’avocat. C’est à partir de cette décision que la cour a nommé Samuel D. INGHAM III comme avocat commis d’office comme cotuteur aux côtés du père de Britney Spears.

En 2020, la chanteuse s’est exprimé pour la première fois sur sa mise sous tutelle par téléphone devant le tribunal de Los Angeles.

Actuellement, elle a 39 ans et elle est sous tutelle depuis 12 ans sans avoir la possibilité d’en parler malgré ses diverses tentatives auprès de la justice pour l’aménagement de sa situation juridique.

En effet, elle n’a pas le droit de prendre des décisions pour gérer ses finances sans l’accord de ses tuteurs. Elle est donc limitée à dépenser 2000 dollars par mois malgré l’étendu de la fortune qu’elle a en sa possession.

Elle n’a pas le droit de conduire, de se marier et d’avoir des enfants sans l’accord de ses tuteurs.

Dans le cadre de la loi actuelle, Britney Spears a un « conservator » (conservateur) qui prend des décisions ayant trait à la gestion de ses biens et le « gardian » (tuteur) qui prend les décisions pour ses soins personnels.

Face à cette situation, il est important de revenir sur l’intégralité des paroles de Britney Spears devant la cour de Los Angeles.

III- Les paroles de Britney Spears devant la Cour de Los Angeles

Voici la retranscription des propos de Britnay Spears :

 » Je vais être honnête avec vous car je ne suis pas revenue depuis longtemps devant une cour, car la dernière fois en 2016 on ne l’avait pas cru. J’ai apporté des documents attestant de ce que j’avais subi ces derniers mois avant de pouvoir venir témoigner aujourd’hui. Les gens qui m’ont fait ça ne devraient pouvoir sortir blanchis si facilement. J’étais en tournée en 2018, j’étais forcée de la faire. Mon manager m’a dit que si je ne faisais pas cette tournée, je devrais me trouver un avocat et qu’il pourrait me poursuivre en justice pour ne pas avoir fait la tournée. C’était stipulé dans mon contrat. A Vegas en descendant de la scène, il m’a tendu des documents que je devais signer d’une manière très menaçante et effrayante. Comme je ne pouvais pas avoir d’avocat à cause de la tutelle, j’ai eu peur et j’ai signé. J’étais obligée d’enchainer les concerts sans pause. Quand j’ai dit « non » pour une danse, c’est comme si j’avais lâché la bombe. Madame, je ne suis pas ici pour être l’esclave de quelqu’un. Je ne peux pas dire « non » à une danse. Mon manager a alors appelé mon thérapeute pour lui dire que je n’étais pas coopérante et que je ne prenais pas mes médicaments. Ce qui est complètement ridicule. Depuis 8 ans, c’est la même femme qui m’administre mes médicaments tous les matins, je les prends. Cela n’avait pas de sens. Ils m’ont interdit d’aller chez le coiffeur pendant ma tournée et les gens ont commencé à penser que j’étais sale et folle. A un moment, ils m’ont dit que je n’étais pas obligée de faire un nouveau spectacle à Vegas, que je pouvais encore attendre. Quand il me l’ont dit, j’ai senti un énorme poids quitter mes épaules. Trois jours plus tard, mon thérapeute m’appelle pour me dire qu’il est harcelé par mon manager car je ne coopère pas. Et ile me retire mes médicaments pour me donner du lithium. C’était complètement différent de mon traitement, le lithium peut vous rendre vraiment malade si vous en prenez plus de 5 mois. Je me sentais si mal, je ne pouvais pas avoir de conversation avec mes parents. Je ne pouvais plus m’occuper de moi-même On m’a imposé un traitement que je n’ai jamais voulu prendre. J’avais peur, mes docteurs m’ont imposé 6 infirmières qui me surveillaient dans ma propre maison. Elles ne me laissaient pas prendre ma voiture pour sortir pendant un mois. Mon père contrôlait tout, il approuvait tous ces traitements. Tout ce qu’il m’arrivait devait être approuvé par mon père. Ma famille n’a rien empêché.

Pendant les vacances de Noel, une doctoresse est venue chez moi 4 heures par jour pendant plusieurs jours pour effectuer des tests psychiatriques que j’ai soi-disant ratés. Ils m’ont alors interné à Beverly Hills en disant que cela me couterait 60 000 dollars par mois. J’ai pleuré pendant une heure au téléphone avec mon père qui a adoré chaque minute de l’appel. Il adorait le contrôle qu’il avait sur moi, sur ma carrière et sur ma célébrité. J’y suis allée et j’ai travaillé tous les jours 10 heures par jour sans repos. Sans cela, je n’aurai pas eu le droit de revoir mes enfants, ni mon petit ami. En Californie, la seule chose qui s’approche d’un tel traitement est considéré comme du trafic sexuel. C’est-à-dire obliger une personne à travailler, la déposséder de tout, que ce soit les cartes de crédit, la carte d’identité, l’argent en liquide. Ceux qui travaillaient avec moi vivaient moi. Mes gardes du corps me regardaient me changer tous les jours et voyaient nue, je n’avais pas d’intimité, pas de porte pour fermer ma chambre. Je n’ai jamais pu dire quoique ce soit sur mon emploi du temps. Après avoir dit au monde entier que j’allais bien et que j’étais heureuse. Je vous le dis aujourd’hui, Madame, c’était un mensonge. J’étais dans le dénie, sous le choc, droguée. Je suis traumatisée mais je ne suis pas heureuse. Je ne dors pas. Je suis tellement en colère et déprimée. Je pleure tous les jours. Je ne peux pas croire qu’avec tous les documents, tout ce que j’ai dit ces dernières années à la Cour de Los Angeles, que celle-ci puisse laisser mon père en place et ne rien faire. Madame, mon père, tout ceux concernés par ma tutelle, mon manager qui a joué un rôle crucial dans mes punitions quand je disais « non » devraient être en prison. Mon corps a travaillé pour mon père ces 20 dernières années. Et il ne me parle que si je travaille pour lui. Tous ces gens ont beaucoup trop de contrôle sur moi. Et ils me disaient de boire alors que je bois même plus d’alcool. La dernière fois que je vous ai parlé, on ne me croyait pas. J’vais carrément l’impression d’être morte. Madame le juge, je ne mens pas. Je vous le redis car peut-être que vous comprendrez la profondeur et la gravité des dommages qu’ils m’ont infligé. Je mérite un changement de traitement. Je veux aller de l’avant. On m’a dit que je devais être encore évalué si je mettais fin à la tutelle. Je ne savais même pas que je pouvais y mettre fin. Honnêtement, je ne dois à personne d’évaluation Je pense n’avoir fait plus qu’assez pour prouver ma capacité intellectuelle. Je ne dois rien à ces gens. Je suis venue ici témoigner publiquement parce que je n’en peux plus. Mais je ne pensais pas que quiconque me croirait. Je pensais qu’on se moquerait de moi encore une fois en disant « elle ment, c’est Britney Spears, elle a tout ce qu’elle veut ». C’est faux, je veux sortir de ça, ça fait 13 ans. Je veux ma vie d’avant. Cela fait longtemps que j’ai mérité cet argent que j’ai rapporté et tant que les gens touchent les recettes et vivent grâce à moi et à mes tournées, viennent dire que je ne suis pas assez bonne et normale. Vous trouvez ça normal ? Je suis géniale dans mon travail. Je n’en peux plus qu’ils aient un tel contrôle sur ma vie. C’est terminé. J’aimerai poursuivre en justice ma famille et partagé mon histoire, prendre la voiture avec mon petit ami et partir. Je ne suis pas autorisée de parler de tout que qu’à fait ma famille et je veux qu’on en donne la possibilité face à un juge, j’ai le droit d’utiliser ma voix pour me faire entendre. En fait, je veux pouvoir parler à la presse. J’ai besoin de soulager mon cœur. Même ma famille peut faire des interview, mentir et moi j’ai le droit de ne rien dire? Je ne savais même pas que cette audition était enregistré et qu’elle étaiet rendue publique. Je n’ai même pas eu l’occasion de choisir mon propre avocat. Même si une relation est en train de se faire avec le mien, il m’a été commis d’office; Je dois travailler même si je suis malade. Je n’en peux plus, je suis obligée d’effectuer 3 thérapies par semaine avec des gens que je ne connais même pas. Avant, ce n’était qu’une seule par semaine et à l’établissement des rendez-vous à Westlake. Un jour, les paparazzis m’ont photographié en train de pleurer. Je mérite une vie privée. Les traitements sont entièrement abusifs. Et pour être honnête, Madame la juge, quand le docteur Benson est mort, je me suis sentie soulagée. Ils m’ont obligé à avoir un thérapeute que je n’ai pas approuvé. Je devrais pouvoir poursuivre ces gens qui ont profité de moi en justice. J’ai supplié les journalistes de me laisser de l’intimité. je ne devrais pas être sous tutelle si je suis capable de travailler, me faire de l’argent et de payer tous ces gens. Cela n’a aucun sens. Je les paye pour me dire « Si tu ne fais pas ça, tu ne peux pas dépenser toute cet argent et vivre par toi-même. » Quel Etat peut permettre ça ? Je ne peux pas aller quelque part sans voir des gens que je ne connais même pas pour me dire que je suis instable et que j’échoue à tous mes tests. Je veux que mes thérapeutes ne viennent qu’une fois par semaine chez moi, pas à Westlake où tous les paparazzis m’attendent. Ils m’ont piégé en m’envoyant dans les endroits les plus exposées. J’ai besoin de votre aide, j’aimerai savoir ce que vous en pensez. Pendant le crise sanitaire, j’ai été un an sans m’être fait coiffée, je ne pouvais pas faire mes ongles. rien d’esthétique soi-disant parce que tout était fermé. Alors que ma mère allait au Spa. Ils ont profité de la crise pour m’interdire de sortir de chez moi et de voir mes amis habitant à 8 minutes de ma maison. Alors qu’eux pouvaient sortir et voyager. J’ai l’impression de vivre dans un programme de désintoxa dans ma propre maison. J’aimerai que mon petit ami puisse me transporter dans sa propre voiture. Je sais que j’ai besoin d’une thérapie mais pas aussi intense. Je veux avoir le droit de me marier, d’avoir un enfant. Car la tutelle et mon père m’en empêche. Je n’ai pas le droit de retirer mon moyen de contraception, je n’ai pas le droit d’aller voir un médecin pour ça. Cette tutelle me fait plus de mal que de bien. J’ai travaillé toute ma vie et j’ai le droit d’avoir une pause de 3 ans dans mes activités. J’aimerai rester au téléphone avec vous pour toujours. Car aussitôt que je devrais raccrocher, je n’entendrais que des « non, non et non ». Je me sens pieds et mains liées. Je me sens harcelée, diminuée et seule. Je mérite les mêmes droit que tout le monde en ayant une famille et un enfant. Mercie de m’avoir laissé vous parler aujourd’hui.  »

Lors de cette audience, il y avait d’un côté les tuteurs, son manager et toute sa famille qui prétendaient à la poursuite du régime de protection sous tutelle et d’un autre côté la chanteuse.

Elle accusait notamment son manager d’avoir défendu sa mise sous tutelle. Quelques temps après cette audition, il démissionne de ses fonctions. Concernant l’avocate qui a été interrogée par le New-York Time dans le cadre du documentaire « Framing Britney Spears », elle a décidé de ne plus donner suite aux sollicitations du New-York Time après sa réintégration dans l’affaire en tant qu’avocate.

Il s’agit d’une affaire qui concerne une personnalité publique réclamant d’avoir le droit de vivre en jouissant d’un droit à la vie privée; du droit de pouvoir se marier, gérer ses finances, sa vie professionnelle, sa santé physique et psychique.

In fine, c’est à la Cour de Los Angeles de statuer sur cette affaire.

[Affaire à suivre]

Aux dernières nouvelles, le père de Britney Spears a officiellement demandé à ce que la tutelle prenne fin au niveau du contrôle des finances et de la vie de sa fille. Cela fait 13 années que le régime de tutelle s’appliquait. Ce qui signifie que Britney Spears est libre de tous ses faits et gestes. En 2008, son état physique et psychique exposant sa vulnérabilité a entrainé la mise en application du régime sous tutelle.

Publié par Anne-B

Juriste/ Blogueuse/Musicienne

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