ACHETEURS ET JURISTES DE LA COMMANDE PUBLIQUE, LES SOFT SKILLS EN 1ERE LIGNE DE MIRE ! PAR FRANCK BARRAILLER

Les institutions publiques ont rarement connu une telle complexité, une organisation en perpétuel changement, une multiplication du nombre des projets par volonté politique.

Le manager doit s’adapter, évoluer et accompagner cette évolution parfois violente avec l’aide de collaborateurs essentiels pour faire face.

Alors de quoi parlons-nous exactement ?

Des fameuses soft skills, ou encore des « compétences douces » que les collaborateurs doivent posséder pour réussir dans le domaine de la commande publique mais pas que. Pour ma part, je parlerai plutôt de ressources, d’aptitudes et de potentiels que les agents doivent détenir.

Cette distinction n’est pas anodine. En effet, si les compétences techniques (hard skills) peuvent s’apprendre par le biais de formations notamment, les ressources pour autant ne suivent pas la même logique. Elles reposent sur les qualités intrinsèques de chaque personne, qualités qui sont innées et qui ne s’acquièrent pas forcément aisément par le biais de formations. Elles se construisent tout au long d’une carrière par l’expérience professionnelle mais aussi personnelle et se développent plus ou moins facilement. Les travaux de Martin Seligman, chercheur en psychologie et professeur à l’Université de Pennsylvanie, inventeur de la psychologie positive le démontrent par le fait que tout le monde possède des ressources mais que tout le monde ne les exploite pas.

Lors du Forum national des achats publics organisé le 12 octobre dernier par le Conseil national des achats, les décideurs achats publics s’accordaient à dire que ces dites ressources sont aussi importantes, voire plus que les compétences techniques ; elles sont donc un incontournable dans le choix des collaborateurs.

Il est aujourd’hui communément admis que la réussite ne repose pas uniquement sur les compétences techniques devenues dès lors marginales. Pour ma part je pense que 70 % des conditions de réussite repose sur ces ressources.

Voilà ce que sont mes 6 ressources indispensables dans le monde de la commande publique ?

  1. L’écoute est la première ressource douce qui pour moi a une grande valeur. Développée à partir des travaux de Carl Rogers, psychologue américain (précurseur des techniques non directives), l’écoute active consiste à écouter l’autre attentivement et de façon non directive, instaurer confiance, respect et empathie avec son interlocuteur afin que ce dernier s’exprime en toute liberté, sans crainte de jugement hâtif et sans pression. Dans un domaine complexe tel que la commande publique, cela permet de déceler les non-dits et d’apporter les solutions les plus adaptées.

Mise en perspective : cette ressource est particulièrement utile lors de négociations avec les fournisseurs dans le but de trouver un accord équilibré selon les préceptes de la méthode de négociation raisonnée d’Harvard.

2. La pédagogie ou encore la capacité à transmettre est une ressource que je retiens également. La commande publique est une matière complexe. Il est particulièrement important d’acculturer les collaborateurs sans les rebuter. Par ailleurs, les contraintes sont nombreuses tant et si bien que parfois il est nécessaire de dire « non » à un interlocuteur alors qu’il attend une solution de notre part. Dans ce cas il faudra évidemment se montrer pédagogue mais aussi assertif (encore une autre soft skill) pour expliquer posément la contrainte. La pédagogie est donc outre une ressource, un outil nécessaire pour faire monter en compétence.

Mise en perspective : de nombreuses collectivités proposent à leurs collaborateurs des formations internes dans le domaine de la commande publique dispensées par les agents spécialisés en marchés publics.

3. La curiosité d’esprit. Cette ressource est fondamentale à un moment où les techniques telles que le sourcing, ou encore les rencontres avec la sphère économique ne cessent de s’intensifier dans la commande publique. Cette qualité intrinsèque porte à l’apprentissage et à l’innovation. Dans un monde où la règlementation est complexe et évolutive, il est impératif de constamment se mettre au niveau.

Mise en perspective : le besoin d’innovation dans la commande publique est un facteur nécessitant une certaine forme de remise en cause pour aller découvrir de nouveaux horizons, de nouveaux fournisseurs ou de nouvelles techniques. Particulièrement, il est nécessaire de faire preuve de curiosité pour identifier de nouveaux modes d’achats car l’innovation ne s’achète pas comme des fournitures de bureau.

4. La pugnacité est la caractéristique d’une personne qui ne se décourage pas pour atteindre ses objectifs. Je fais un lien entre cette qualité et le fait d’entrainer les collègues pour aboutir aux résultats attendus, le fait de convaincre les autres, d’avoir en tête l’objectif à atteindre en se mettant dans une dynamique de projets. La pugnacité permet également d’être dans une logique de recherche de solutions alors que le Code de la commande publique est une boîte à outils riche mais malheureusement trop perçue comme une contrainte par les prescripteurs.

Mise en perspective : de nos jours, le juriste et l’acheteur doivent faire face à des exigences fortes de leurs clients internes et ne doivent pas se laisser déstabiliser par celles-ci. Face à des personnes qui méconnaissent la règlementation de la commande publique il faut apporter des solutions exigeantes permettant de déboucher sur une excellence opérationnelle.

5. La résilience est la caractéristique qui a du sens pour moi. Être résilient est la capacité de faire de ses chutes des forces. C’est une ressource très recherchée pour mener à bien les défis du monde du travail aujourd’hui en général et celui de la commande publique en particulier. Elle vient renforcer la pugnacité et amène outre la combattivité à ouvrir des perspectives de rebond.

Mise en perspective : Les collaborateurs doivent être accompagnés en ce sens, voir l’échec comme négatif est une vue de l’esprit qui souvent se cristallise, le résilient le voit lui comme une leçon de vie, un apprentissage et une ouverture sur un plus grand champ des possibles. Cela signifie aussi changer nos modes de pensée, et reconnaître le droit à l’erreur et comment amener de l’apprentissage à travers l’échec… Vaste sujet là encore…

6. L’optimisme est enfin la dernière ressource qui compte pour moi. L’optimisme c’est la tendance à anticiper un futur positif. Le pessimisme c’est la tendance inverse. Il ne s’agit pas d’imaginer que tout sera parfait, mais que même s’il y a des problèmes ou des difficultés, alors on imagine qu’on sera plus à même de les gérer. Les études en psychologie indiquent que l’optimisme contribue à une meilleure santé mentale et physique et à une meilleure performance.

Mise en perspective : les étudiants optimistes rebondissent mieux après une mauvaise évaluation que les étudiants pessimistes. Ils ne généralisent pas l’échec au futur ou aux autres matières et permettent de délimiter le problème comme temporaire et spécifique.

Epilogue

Et si au lieu de recruter des personnes expertes, les organismes publics orientaient leurs recrutements sur des potentiels ?

C’est le choix qu’ont fait, depuis des décennies, les recruteurs des pays anglo-saxons qui priorisent leurs recrutements sur des individus en devenir et non sur des individus formatés… Cela ramène toutefois à la prise de risque, sommes-nous prêts à prendre le risque ?

Je pense qu’il est nécessaire de nos jours de prendre des risques, mais des risques mesurés. Alors ? On se jette à l’eau ?

A propos de l’auteur :

Franck Barrailler est un média dans le domaine des achats publics et il a été récompensé en 2017 par un trophée en bronze parmi les meilleurs décideurs de l’achat public. Il est médiatisé dans plusieurs sources de presse comme la gazette des communes, le moniteur, le site achats publics, décision-achats.fr, le petit déjeuner de la commande publique, meilleurtauxpro.com, l’INPI, apprendre les achats etc.

Il est également formateur et conférencier au Centre Formation et Perfectionnement à l’Achat. D’ailleurs, il propose une masterclass sur le pilotage achats des marchés publics sur la chaine YouTube « apprendre-les-achats ».

(121) Masterclass Franck Barrailler – le pilotage achats des marchés publics – YouTube

Il est rédacteur digital pour plusieurs sites dans le domaine des achats et commandes publiques.

Titulaire d’un MBA en ingénierie et management des achats, il a été juriste chargé des marchés publics à l’Agence Nationale de l’Habitat et responsable des achats.

Il a assuré le rôle de responsable des achats à l’Institut National de la Propriété Industrielle.

Actuellement, il est directeur à la DCAP Direction de la Commande et de l’Achat Public au Conseil départemental de la Seine Saint-Denis. En tant que manager, il continue de transmettre son savoir à ses collaborateurs.

Médias dans lesquels il apparait :

Lien de l’article : Franck Barrailler, nommé directeur de la commande et de l’achat public du conseil départemental de Seine-Saint-Denis – Nominations > Talents – Decision-achats.fr

Lien de l’article : achatpublic.info – [Tribune] Franck Barrailler : « Non ! La cartographie des achats n’est pas un outil juridique et économique. Il s’agit d’un outil de pilotage économique. »

Lien de l’article : Nomination de Franck BARRAILLER (lagazettedescommunes.com)

Lien de l’article : Interview de Franck Barrailler (ilv.fr)

Lien de la décision du directeur général de l’Institut National de la Propriété Industrielle : decision2015-4.pdf (inpi.fr)

Lien de l’article de Cedric Dufour avec la participation de Franck Barailler : Le nouveau Code de la commande publique apportera-t-il réellement la simplification promise ? – Meilleurtauxpro.com

Lien du programme d’une ancienne formation dispensée par : La mutation de l’acheteur public (cfpa-formation.fr)


Catherine Bossaert, Chef du bureau commande publique et de la performance des achats, DEPAFI

Alain Vergne, Directeur adjoint des achats, BORDEAUX MÉTROPOLEKatherine Robert, Responsable des achats, MAIRIE DE PARIS

Franck Barrailler

Lien de l’article : Marchés publics sans formalités jusqu’à 40 000 euros: ce qu’en pensent les professionnels (lemoniteur.fr)

Lien de l’article : Retour sur la soirée des Trophées Décision Achats 2017 (manutan.com)

Lien de l’article écrit par Jean-Marc Binot : Pourquoi Clamart se lance dans la certification de ses achats de travaux – Santé-achat.info (sante-achat.info)

Lien de l’article : La réforme des marchés publics – du métier de juriste vers celui de l’acheteur | idealCO

Lien de l’ancien évènement organisé par CKS : Petit-déjeuner sur la commande publique le 16 décembre – CKS Public (cks-public.fr)

Lien de l’article : Connaissez-vous Franck Barailler ? – MHALV (mhalv-alumni.fr)

Lien de la vidéo : Masterclass Franck Barrailler – le pilotage achats des marchés publics – YouTube

Sur ces conseils, toute l’équipe Legislanne vous souhaite d’expérimenter une glorieuse carrière dans le secteur des achats et de la commande publique.

Publié par Anne-B

Juriste/ Blogueuse/Musicienne

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